dimanche 12 décembre 2010

Varanasi et l’avant goût du choc culturel


Chère lectrice et cher lecteur, il est maintenant temps de passer aux confidences. Voici les quelques étapes qui m’ont menée à mon premier choc culturel en pays hôte! J’avais généralement vécu les chocs culturels au retour de mes diverses expériences à l’étranger, mais voici que l’Incredible India m’a permis de poser un regard différent sur l’Inde.

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Prémisse d’une histoire salle

Mon ami Jérôme arrivait du Laos le 17 novembre dernier.

Au programme : 12 jours de détentes après les efforts de recherche terrain et de réalisation de mon contrat de recherche aux Archives nationales de l’Inde.

Direction : Varanasi, lieu saint de l’Hindouisme, avec ces ghâts de crémation, et Bodhgaya, littéralement « Ville de Bouddha », lieu saint du Bouddhisme, endroit Siddhârta reçut l’éveil.

Certitude : Pur plaisir.

Appréhension : Aucune.

Questionnement : Le guide du routard « Inde du Nord » 2010 présente Varansi (Bénarès) ainsi : « […] Pour beaucoup de vauageur, Varanasi est une révélation, une ville inspirée, où l’on peut découvrir la mentalité indienne et surtout la puissance de la religion sur le mode de vie et de pensée C’est un endroit qui heurte de plein fouet nos certitudes trop ancrées d’Occidentaux, et, d’ailleurs, certains n’en repartent pas indemnes. On y perçoit l’essence même de l’Inde […] Le voyage dans cette cité ne laisse jamais le voyageur intact, on quitte toujours Bénarès en ayant perdu ou gagné une parcelle de son âme. »

Commentaire : Ouais, c’est beau j’ai compris!



Au commencement…

Nous avons passé deux jours à Delhi afin de faire la visite par excellence suggérée par nombre de guides touristiques. Définitivement, un pur plaisir. Jérôme arrivait du Laos, bien motivé. De mon côté, la joie d’un petit trip entre amis de longue date me plaisait bien.

Première journée à Varanasi : il ne nous a pas fallu attendre bien longtemps… pour la révélation.

Nous sommes arrivées à Varanasi le dimanche 21 novembre dernier. Y’a pas à dire, c’est ce qu’on appelle au bon endroit au bon moment! C’était Diwali pour les Dieux. Ce soir où les Dieux indiens viennent sur la vallée du Gange afin de célébrer leur union. Encore une fois, un Diwali en lumière, mais cette fois-ci avec plus de chandelles… beaucoup plus de chandelles! C’était magnifique.



Nous nous sommes laissé aller au jeu. Le rickshaw nous a directement conduits à une Guest House, juste au-dessus de la ghât principal des crémations. Génial comme ambiance, comme odeur et un roof top trop sympathique. Dès notre arrivée, les tenants de du guest house nous propose le tour en bateau qui pour ce soir est plus cher, mais au combien symbolique! 200 Roupies et c’est parti! Une balade guidée dans le labyrinthe de la vieille ville en après-midi et voilà, l’ambiance sacrée nous avalait peu à peu. Une expérience sans précédent. Une ville formidable.

Le tour de bateau fut des plus splendides. Nous y avons rencontré deux voyageuses Espagnoles qui œuvraient pour une œuvre caritative « Mother Teresa » à Calcutta. Nous chopons les meilleures places dans le bateau (juste au bout de la coque afin d’avoir assez de place pour faire des photos géniales et bouger pour la sélection intuitive des clichés), devant ces Français à l’air un peu dubitatif et niais qui n’avait pas vraiment compris le geste symbolique de nos choix de place (avec leurs commentaires désobligeants sur leurs expériences varanasienne). Bien joué quoi!



Séance de photo assez intense et un spectacle visuel à vous en couper le souffle.



Nous voilà de retour sur les ghâts que l’envie de suivre la foule nous prend. Nous invitons donc les deux Espagnoles à se joindre à nous afin de marché dans cette masse humaine informe qui s’est rassemblé sur les ghâts pour l’évènement. Assez emballées par l’idée d’être accompagnées par deux hommes afin de goûter un peu plus de ce moment unique (l’Inde n’est pas toujours facile pour les femmes occidentales, de surcroît lorsqu’elles ont les cheveux blonds, vous comprendrez dans quelques lignes!), elles acceptent l’offre avec plaisir. À la sortie du bateau, de jeunes Indiens prennent des photos des filles… as usual! Rien de trop étonnant, c’est l’Inde quoi.

Nous marchons donc le long des ghâts, poursuivant frénétiquement notre prise de clichés en fonction des différents spectacles qui nous sont offerts. L’ambiance est mi-festive, mi-sacrée, mi-familiale. L’espoir de voir émerger la photo des photos, celles qui coupent le souffle, nous démange de plus en plus. Nous nous enfonçons dans la foule, discutant un peu de nos profils et échangeant sur la magnificence du spectacle.



Après un bon gros 25 minutes, je me retourne vers Jérôme et je lui souligne que nous avons bel et bien l’air suivi par de jeunes Indiens. La masse humaine devient de plus en plus dense. Les mouvements s’effectuent de plus en plus au corps à corps. Les bousculades plus fréquentes. Les filles commencent à se faire pincer les fesses… as usual!  Rien de trop étonnant, c’est l’Inde quoi!



Jérôme et moi décidons de serrer les appareils avant que malheur n’arrivent aux plus de 300 clichés effectués depuis le tour de bateau. Nous poursuivons notre avancée dans la masse humaine, suivant le chant sacré et le spectacle des milliers de mains qui s’élèvent au ciel au rythme des tablas et des mots prononcés. La scène est magnifique. Un goût de la culture indienne et de Varanasi exposant dix. À n’en couper le souffle.



Les filles se font alors de plus en plus toucher. Au départ, c’était les fesses, maintenant, ce sont les fesses et les seins. Jérôme et moi avions déjà repéré ces jeunes, nous nous mettons donc un à l’avant et un à l’arrière afin de limiter les possibilités d’attouchement. Nous avançons toujours dans cette masse, comme pousser par tous ces Indiens qui désirent avoir une place afin de voir le spectacle eux aussi. La tentative de faire demi-tour s’évanouit à chaque pas. Le sens du flux ne semble pouvoir être défié. C’est la conclusion à laquelle nous arrivons collectivement. Du moins, il faudrait une force surhumaine pour rebrousser chemin!



Nous effectuons encore une quinzaine de mètres. Les attouchements se multiplient, les bousculades augmentent, Jérôme et moi revêtons notre blason de garde du corps repoussant du mieux que nous pouvons ces adolescents en perte de contrôle. Puis comme nous atteignons une sorte de paroxysme dans cette frénésie bestiale, comme nous arrivons devant une rampe nous indiquant que nous sommes au bout de cette ghât, voyant les milliers d’Indiens sur la ghât plus bas les bras levée, nous décidons de rebrousser chemin pour tenter de joindre les escaliers à quelque cinq mètres de distance. Impossible, non, c’est impossible, un flot d’indien s’amasse. Chaque pas est un nouveau défi, les attouchements sur les filles se multiplient toujours. Puis…

La foule se disperse. Des policiers font aller leur bambou d’un air frénétique. Ils nous ont aperçus tentant de se frayer un chemin dans la foule opaque. Un répit nous est offert. Nous gagnons les marches en vitesse. Le second palier de marche est inaccessible. Trop de gens tentent de descendre ou de monter à la fois. Les attouchements ont cessé, nous respirons un peu. Gagnant l’autre extrémité, la rampe nous bloque une fois de plus. Les marches qui ce sont transformées en estrades pour l’occasion sont occupées par des Indiens admirant le spectacle. Certains d’entre eux nous indiquent alors que la scène en cours ce termine dans 15 minutes et qu’il vaut mieux pour nous de rester à cet endroit afin de contempler la fin. Comme des chats mouillés, nos mouvements malhabiles nous rendent perceptibles à des kilomètres dans cet environnement (j’ai expérimenté cette réalité à plus d’une reprise durant mon séjour), et c’est sans doute ce qui s’est produit en réfléchissant au conseil donné sur le moment.

Les quinze minutes ont bien passé. L’affluence dans les marches s’est amoindrie. Nous avions bien aperçu ces jeunes nous matant de loin, mais nous avons décidé qu’il était temps de mettre une fin à ce bain de foule, qu’il était de quitter les lieux pour tenter de gagner la guest house à quelque deux kilomètres de là.



Nous avons gravi les marches. Comme par hasard, la foule s’est faite plus nombreuse, la montée plus ardue. Les attouchements sur les filles ont repris. Ajoutées à nos efforts de protection, elles se défendaient admirablement, empoignant les mains et les tordant en espérant avoir donné une leçon suffisamment claire pour éviter toutes autres tentatives, mais c’était un geste vain, tous nos gestes étaient vain dans cette frénésie bestiale, manifestation du désir envers la femme occidentale facile. Au lieu de cela, le rythme augmentait. Les endroits d’attouchements corporels aussi, ce n’était plus que les seins et les fesses, mais aussi les parties génitales. Un pur plaisir quoi. Presque du viole publique, rien de trop étonnant, c’est l’Inde quoi!

Alors qu’ils ne nous restaient qu’un palier de marches à gravir avant d’atteindre une route nous permettant de sortir de cette masse humaine, l’inévitable est arrivé. L’orgie d’attouchements a atteint son comble. Désormais, il n’y avait plus que les filles qui se faisaient toucher, Jérôme et moi aussi. Comme si la frénésie était devenue pur plaisir psychotique. Les jeunes Indiens ont poussé et poussé, plus fort. Les autres Indiens, qui n’avaient rien à voir dans cette histoire, ont poussé de plus belle. La mascarade de l’égo indien s’est mise à l’œuvre (Toutes personnes ayant voyagé en Inde à probablement déjà constatée l’égo indien que ce soit dans les entrées et sorties des arrêts du métro de Delhi ou avec la conduite routière. De plus, je l’ai déjà dit, ici personne ne te donne une place, il n’en tient qu’à toi de la faire.) Alors que la foule était bien compacte, que tous voulaient sortir pour atteindre la route, une bousculade sauvage a éclaté. Les attouchements ne faisaient toujours qu’augmenter, malgré le fait que Jérôme et mois éclations de force sur place pour repousser les jeunes Indiens et que les filles tordaient les mains et criaient de plus en plus fort… le désordre était manifeste.

Puis, le temps a ralenti. Ma respiration est devenue saccadée. La rage montait. La perte de contrôle devenait évidente. Ce n’était plus une bousculade, mais un véritable chaos. Au moins deux ou trois Indiens sont tombés dans les marches et ce sont fait piétiner dans le mouvement désordonné de cette foule déchaînée.

Et nous avons atteint la dernière marche. La route était devant nous, les marches derrières. Chacun des côtés de la route servait soit pour un aller soit pour un retour de cet immense bain de foule sacrée, amassé pour l’évènement. Nous avons gagné un petit temple de l’autre côté. Un endroit près d’un policier, avec son bambou. Si Jérôme et moi tremblions de  l’expérience, scrutant la foule à la recherche de ces visages fraîchement mémorisés, probablement apte à se battre, les filles étaient dans un pur état de choc. Les larmes coulaient sur leurs joues, leurs corps tremblaient de froid, d’attouchements et d’agressions publiques.

L’un des Indiens qui s’est fait piétiné est bien venu parler à la police et s’excuser auprès de nous en nous suppliant de ne pas retenir cette image de l’Inde, que ce n’était qu’aléatoire, que cela ne reflète en rien le « vrai » visage de l’Inde…  

Petit rappel de l’expérience possible à Varanasi :

« […] Pour beaucoup de voyageurs, Varanasi est une révélation, une ville inspirée, où l’on peut découvrir la mentalité indienne et surtout la puissance de la religion sur le mode de vie et de pensée C’est un endroit qui heurte de plein fouet nos certitudes trop ancrées d’Occidentaux, et, d’ailleurs, certains n’en repartent pas indemnes. On y perçoit l’essence même de l’Inde […] Le voyage dans cette cité ne laisse jamais le voyageur intact, on quitte toujours Bénarès en ayant perdu ou gagné une parcelle de son âme. »

- Guide du routard L' Inde du nord 2010 -

Commentaire :

Oui, maintenant, j’ai une certitude! Une certitude dont je voulais vous faire part depuis longtemps, mais je n’avais pas encore trouvé les mots, ou l’anecdote appropriée pour vous le dire. Maintenant, c’est le moment tant attendu :

Avec l’image de la femme blanche qu’elle contient, la pornographie occidentale a un sérieux effet sur les Indiens.

L’introduction de cette dernière en Inde, jumelée à la culture indienne, produit parfois des comportements d’incivismes déviants chez ces derniers envers les femmes blanches. Leur vision de la femme occidentale en est une bien particulière. Merci Occident!

Mais, garder à l’esprit, qu’ici, c’est vous le touriste, l’étudiant, l’étranger, l’intrus, le friqué, le blanc,  rien de trop étonnant, c’est l’Inde quoi!



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Je sais, je sais… que je vous ai annoncé que je parlerais des quelques étapes menant au choc culturel… mais la première est parfois la plus importante, et de loin la plus significative, et son souvenir vous coupent parfois l’inspiration! Ne vous inquiétez pas la suite est plus joyeuse et je vous écris sous peu!

lundi 6 décembre 2010

Diwali et le Noël indien… un avant goût de ce qui nous attends sous peu!


Bonjour, chère lectrice et cher lecteur, ami-e-s et famille. 



Aujourd’hui, j’ai envie de vous partager un petit moment que j’ai passé en famille, ici, à Delhi lors de Diwali, le 5 novembre dernier. La famille de mon propriétaire à momentanément substituer ma famille afin de m’inclure et de me faire vivre une petite tradition de la culture indienne.



Diwali pour les nulles



Manière de prononcer : Divali
Autre appellation : Deepavali
Autre manière de prononcer avec cette seconde signification : Deepauli
Signification : Fête des Lumières



Les préparatifs pour Diwali durent environ un mois. C’est l’une des fêtes importantes pour les hindouistes, les Jaïns et les Sikhs (suivant leur religion respective). Cette fête est célébrée un peu partout en Asie du Sud.



Comment se concrétise Diwali



Alors durant se mois de préparation, trois choses sont nécessaires : mettre des lumières de Noël sur les immeubles (en remplacement des bougies qui à l’origine sont le symbole de la fête, c’est une décoration qui témoigne de la modernisation de la fête des Lumières.), ensuite effectuer des achats pour les gens qu’ont aiment avec les économies réalisées lors de la dernière année (un peu à l’image des cadeaux de Noël) et acheter des feux d’artifice réservés au 4 et au 5 novembre.

Préparatif au Noël indien

Je revenais tout juste du Rajasthan. Je m’étais remis au boulot (recherche académique et Archives nationales de l’Inde). En début de semaine, ma colloque Nastassia m’apprend qu’elle quitte pour Rishikesh afin de visiter un peu l’Inde, entre ses travaux et ses cours à Jawaharlal Nehru University. Le mercredi 3 novembre, j’apprends que les personnelles des Archives nationales sera à mi-régime pour le 4 et que le 5 novembre, les Archives seront fermées. Cette nouvelle m’a fait sourire en coin. Cette fête me permettrait de souffler un peu face à la perception d’avoir à affronter des montagnes pour les deux tâches singulières de mon projet ici.  

Je me suis finalement rendu aux Archives le 4 novembre. L’ambiance était sobre. Les Archives avaient été abandonnées alors qu’en temps habituel il s’y déroule une activité humaine flamboyante. En prenant le métro à Central Secretariat pour rentrer à la maison vers 16 h, j’ai senti l’attente m’électriser. Un sourire s’est inscrit sur mes lèvres. Mes yeux ont alors aperçu tous ces Indiens, habillés de leurs plus beaux habits, des sacs d’achats aux mains. Alors qu’à cette heure, le métro est généralement tranquille, une foule sous-estimée était présente.  J’ai alors réalisé que ce sourire qui s’était inscrit sur mes lèvres, en était un donné par contagion. La frénésie du temps des fêtes m’avait soudainement gagné.

Une fois de retour à la maison, je me suis retrouvé seul. Alors que je contemplais le spectacle des lumières sur les immeubles, mon propriétaire a sonné à ma porte afin de m’aviser que ce soir plusieurs feux d’artifice seraient allumés sur les toits des immeubles. J’ai souri une fois de plus. Il m’a alors invité à venir les joindre le 5 novembre sur le toit afin de faire et de me joindre à la foule.

Vers 18 h, le spectacle des deux a commencé. C’était merveilleux. Le tout a duré 6 heures. C’était tout simplement époustouflant!

Ma soirée de Nael indienne du 5 novembre 2010

Alors que je m’entraînais sur le roof top de mon immeuble (saut à la corde). Le garçon de mon propriétaire est venu faire sauter de petit pétard. Je m’arrête quelques instants. Il me demande si je veux essayer : « C’est clair! » Et il m’explique qu’il y a deux choses fondamentalement intéressantes avec Diwali :



a) Les feux d’artifice et les pétards sont la meilleure partie de Diwali pour les enfants, et avec raison, son sourire en témoignait.



b) Après Diwali, tous les moustiques sont chassés de Delhi à cause de la fumée et haut taux de soufre contenu dans l’air (en particule par million bien sûr!). (Commentaire personnel, c’est sûrement la fête la plus dure pour les changements climatiques que j’ai eu la chance de voir de ma vie. À côté, nos de la St-Jean, ce n’est presque rien.)



Une fois, le sac de pétard terminé. J’ai finalisé ma session d’entraînement.



Comme prévu, mon propriétaire est venu me joindre vers 21 h 30 le 5 novembre. Nous sommes alors tous montés au toit et nous avons fait craquer des pétards et feux d’artifice sur le toit. C’était un moment tout simplement merveilleux. Par la suite, j’ai eu une discussion d’une heure et demie avec mon propriétaire sur la vie en général, sur sa vie et sa carrière, sur ma vie et mon avenir. C’était tout simplement ressourçant. Je me suis couché vers 23 h. Les feux d’artifice ont terminé vers minuit une heure du matin.



En terminant sur Diwali, je tiens seulement à spécifier deux choses : à la suite Diwali, c’est la période des mariages et, cette année, il y a eu une crise du pétard et du feu d’artifice sur Delhi (articles de presse à l’appui). N’est-ce pas magnifique?



Alors, si je vous ai partagé mon expérience de Nael indien, c’est bien parce que dans moins de 17 jours, je vous retrouve tous (ami-e-s, parents, famille, douce femme) afin de passer Noël (notre Noël, avec Sapin de Noël S.V.P., même dans les endroits publics) avec vous. J’ai bien hâte à ce moment. J’ai bien hâte de partager avec vous le bonheur du temps des fêtes. Cela me réjouit chaque jour un peu plus!




samedi 13 novembre 2010

Le levant et le couchant pour le plaisir des yeux, le silence du désert pour le plaisir des oreilles et les aventures pour forger l’Homme.


Une fois de plus, j’ai longuement médité sur la façon de vous communiquer mon expérience de voyageur solo au Rajasthan. Cette méditation avait pour but de me distancer un peu de ce lot d’émotions intenses vécues sur une courte période de temps. Maintenant, je suis prêt à vous partager ce que l’Inde m’a offert.

Je suis parti au Rajasthan sans but précis outre que celui de changer d’air. Delhi devient par moment très prenante. C’est le propre de la capitale-district.

Lorsque vous effectuez quelques lectures de guide touristique sur le Rajasthan, vous apprenez deux aspects principaux. L’une des premières est que Jaipur est rose, que Jodhpur est bleu, qu’Udaipur est blanche et que Jaisalmer est jaune. C’est vrai. J’ai vérifié (à l’exception d’Udaipur). L’autre chose essentielle : les forts. Beaucoup d’histoire, de conquêtes et beaucoup de fort pour protéger la route qui donnait accès à l’Inde. Ces constructions sont magnifiques.

Lors de ce périple, j’ai fait trois villes en 10 jours : Jaipur, Jodhpur et Jaisalmer.

Première étape : Jaipur la rose

Mon excitation était à son comble lorsque j’ai posé les pieds dans la ville. Les paysages changeants vus en train avaient provoqué l’émerveillement de cet enfant que je cultive toujours malgré les années de vie qui s’accumule (et qui parfois tentent de nous en éloigner subtilement).

Je me suis posé dans un hôtel formidable. La décoration et tout… wow… c’était un pur plaisir (et pour 10 $ seulement). Après une sieste d’après-midi, je suis parti à la découverte de la vieille ville et de ses marchés bondés : Ajmer Gate.

Je suis entré, j’ai marché, j’ai vu, j’ai senti, le changement d’air était sublime et ravissant.

Après avoir traversé et évité plusieurs boutiques où les vendeurs tentaient de m’y entrer de « force », je me suis finalement fait arrêter par un jeune homme du nom de Sham. Un brahman. Voici, la question qui a attiré mon attention : « Pourquoi est-ce que les touristes fuient les Indiens avec tant d’indifférence (voir d’irrévérence)? » Comment fournir une réponse? Boire un Thé chai! Après tout, si vous venez en Inde, c’est aussi pour déroger des sentiers touristiques et rencontrer des Indiens, aller vers l’Autre quoi, et le meilleur moyen de le faire demeure le Chaï.

Nous avons échangé une heure puis j’ai désiré entré à l’hôtel, la journée tirait à sa fin et la fatigue du long trajet et de la longue marche traversaient mon corps. Nous nous sommes laissés sur la possibilité de se voir le lendemain pour visiter la ville. J’étais emballé.

Deuxième jour à Jaipur, je rejoins Sham qui me présente Ram, un autre jeune brahman de mon âge. Sham avait une obligation, j’irais donc avec Ram à Ambert fort avec la moto de Sham. Je dois vous dire qu’à ce moment, je devais avoir un peu niet tellement j’étais content de faire de la moto pour la première fois en Inde! Après un Chaï et un samossa au déjeuner, nous sommes partis à l’aventure! C’était complètement fou. Après Ambert fort, nous sommes allés au Monkey Temple (temple hindouisme perdu en forêt). Je crois que l’expression la plus appropriée est : « Shanti, Shanti » qui veut dire « paix, paix ». Oui c’était paisible et religieux, un brin de tranquillité à l’écart de la turbulence des villes. Nous avons terminé la journée tous les trois autour d’une bière dans un bar au dernier étage d’un immeuble. La vue était splendide. 




Sujet du jour : possibilité d’aller vendre des pierres précieuses et des bijoux en argent pur en Europe avant le temps des fêtes. Beaucoup de commandes à livrer et ce gouvernement qui taxe trop. Les touristes peuvent amener jusqu’à 5 000 euros avant d’être taxés. Les jeunes voyageurs solos deviennent donc des attraits pour de l’argent facile du business ténébreux de Jaipur! Après tout, Jaipur est une plaque tournante de l’Inde dans ce marché spécifique. Un marché de près de 5 milliards par an. Quelle aventure!

Maintenant, si on m’aborde à nouveau avec cette question : « Pourquoi est-ce que les touristes fuient les Indiens avec tant d’indifférence (voir d’irrévérence)? » J’ai une réponse à fournir. Ram m’a amené à l’hôtel de son oncle, un guest house miteux, mais vraiment abordable 300 roupies la nuit.

Troisième jour à Jaipur, je sors de mon guest house miteux et qui ne m’attends avec sa moto… Sham… pour un Chaï. Je ne veux pas paraître parano, mais à ce moment, mon cœur a bien fait dix tours dans ma poitrine… et le nombre de questions qui m’ont traversé l’esprit est incalculable. J’ai été prendre le Chaï et j’ai quitté poliment. Je devais acheter mes billets de train pour la suite du séjour! Direction Jodhpur et Jaisalmer.

Après une bonne bouffe… pourquoi pas un Chaï avec un mec de Bombay. Un chic type. La journée a passé vite. Nous avons marché beaucoup vers des lieux inconnus. Il m’amené dans une joaillerie l’où on a essayé de me vendre des pierres précieuses. On m’a reparlé de ce business et de ces voyages tout inclus en Europe. Ensuite, ce fut le tour de ces outlet de tissus pour lesquels Jaipur est aussi réputé. « Les meilleurs prix en ville! » Ouais, c’est ça! La journée s’est terminée ainsi, j’étais vidé.

Conclusion temporaire présente à mon esprit à ce moment : « si quelqu’un vous aborde en anglais, il y a probablement un intérêt financier derrière le tout! » Mais, nous ne pouvons juger les gens qui essaient de tirer leur épingle du jeu dans ce pays… après tout le business n’est pas un crime! Cependant, si le reste du séjour se déroulait ainsi… il serait difficile de se reposer!
Solution : le désert.

Je suis bien conscient l’Inde c’est l’Inde peu importe où vous vous rendez. Mais à ce moment, je me suis dit que le désert s’inscrirait comme un objectif salvateur de mon périple solo. Je devais aller dans le désert et tenter de trouver ce que l’Alchimiste de Paulo Coelho à réaliser. Après tout, les aventures forment les hommes!

Quatrième jour à Jaipur : relaxation, entraînement et préparatif pour Jodhpur (réservation de guest house et lecture des guides touristiques). Au soir, départ en train pour Jodhpur.

Deuxième étape : Jodhpur la bleu

Je ne m’étendrai pas outre mesure sur Jodhpur. Je dois simplement vous dire que c’était magnifique et paisible. Moins de gens à votre rencontre avec des plans louches ou des intérêts financiers. Là, à cette étape, j’ai commencé à goûter à une Inde plus tranquille, plus villageoise, c’était ressourçant. J’y ai passé deux jours où j’ai trouvé une agence pour faire mon séjour dans le désert. Bien reposé, je suis parti en direction de Jaisalmer avec un train de nuit. 


Troisième étape : Jaisalmer la jaune, la ville fort

Cette ville est splendide. La vieille ville est dans le fort et la ville est toute petite. Je suis arrivée à 5 heures du matin où un chauffeur de rickshaw devait m’attendre pour me rendre à l’agence de Camel Safari. J’ai rencontré un Américain bien sympathique avec qui nous nous sommes rendus à l’hôtel en attendant le préposé de l’agence.



Encore une fois, l’Inde mérite son slogan : Incredible India! Alors que le préposé nous vend les deux tours de Camel safaris possible. Quelle n’est ma surprise de constater que le séjour dans le désert que l’on m’a offert au téléphone en était un « touristique ». Vous vous rendez dans le désert dans un autre hôtel avec toutes les commodités usuelles que les touristes désirent (toilette européenne, eau courante, électricité et chambre style berbère!) et vous faites environ une heure de dromadaire pour aller voir le coucher de soleil. Voilà que bien surpris, le tour « non touristique » n’est pas 650 roupies la nuit, mais bien plus aux alentours de 2 000 roupies la nuit si vous êtes seul (de 1000 à 1500 roupies lorsque vous êtes plusieurs). Avec ce tour, vous partez avec votre Camel driver et vous allez dans le « vrai désert ». Le choix n’a pas été dur à faire, j’ai opté pour le Camel safari « non touristique » et… ça valait vraiment la surprise du prix!





 


Et, voilà que je suis rentré sur Delhi, après deux jours et demi de Camel safari, ressourcé et prêt à poursuivre mon travail ici. Le train m'a offert des moments inoubliables avec des familles indiennes. J'étais bien content de retrouver la chaleur de ma douce demeure, mon lit et mes petites affaires. Je ne sais pas si j’ai réellement trouvé ce que l’Alchimiste a trouvé, mais je dois dire que le silence du désert m’a apporté beaucoup… et les paysages! Un pur délice.  


mardi 2 novembre 2010

La perte de référents culturels traduite en saveur culinaire!


Alors, chères lectrices et cher lecteur, voici donc un troisième texte afin de vous partager mon expérience en Inde.



Petit rafraîchissement

Je suis de retour d’un séjour en solo de dix jours au Rajasthan. Je pense que faire du cheval et du dromadaire pour la première fois dans la même année, c’est une bonne année! 2010, un grand cru!

Vous trouverez dans cette chronique ce que je désirais vous partager avant mon départ pour ce rafraîchissement des différents paysages qu’offre l’Inde. Mon horaire étant quelque peu chargé ces temps-ci, je n’ai pu prendre le temps de vous le faire parvenir avant aujourd’hui.



4 citations marquantes

En guise d’introduction, voici 4 citations qui marquent temporellement la moitié de mon séjour en Inde. Savourez-les, elles sont très significatives.

1. « I hope that one day the world will be “similized”. 500 Indian rupees there will be 500 Indian rupees everywhere on the planet!”
— First taxi driver in Delhi —

Commentaire:

L’espoir de voir se construire un monde plus égalitaire est la raison de mes aventures à l’extérieure du pays. Étudier le développement, c’est une tentative de comprendre le présent pour l’améliorer au meilleur de ses qualités et de ses défauts. Savoir faire, savoir être et savoir!

2. « I delivery hapyness! »
— Domino’s pizza —

Commentaire :

La mondialisation offre de ces slogans! C’est toujours surprenant de découvrir le branding développé pour la conquête de nouveau marché.

3. « A lot can happen over coffee! »
- Coffe Bay-

Commentaire :

Oui, je sais bien... et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’en bois chaque matin.

4.  « I have the pleasure, Sir, to be your obedient servant! »
— Phrase de clôture des documents historiques britanniques —

Commentaire :

Je me souviens que née sous le lys, j’ai grandi sous la rose… et je m’y trouve encore… un blackberry ma reine!



La perte de référents culturels à saveur culinaire

Ceux qui ont eu une formation du Centre d’apprentissage interculturel du Ministère des Affaires étrangères du Canada le savent, un long séjour à l’étranger entraîne inévitablement une perte de référents culturels après un certain temps. Cette perte de référents culturels se traduit par une perte des repères de sa propre culture au profit des divers apprentissages de la culture du pays hôte.

Ce phénomène se réalise malgré vous, au fil des jours. Vous n’oublierez pas qui vous êtes ni d’où vous venez, la culture hôte se charge de vous le rappeler fréquemment. Cependant, après un certain, certaines pulsions, certaines émotions et certaines sensations se produisent et vous indiquent que ce phénomène est en marche. Une déconstruction s’opère.

Voici trois indicateurs culinaires que j’ai vécus récemment :

  •  Acheter du fromage en tranche style « single » pour me faire des grill cheese… mais quel délice!
  • Acheter du simili poulet saveur « massala » en souvenir des charcuteries!
  • Envie soudaine de manger du Mac Donald. Ne vous inquiétez pas, je n’ai pas trouvé mon favori : le trio Big Mac. J’ai goûté le Maharaja Burger et le Chiken Burger. Le Chiken Burger possède de loin le goût rassurant que peut vous offrir le Mac Donald québécois à l’étranger... quel délice! Pour ce qui est du Maharaja Burger, il s’agit de l’imitation indienne du Big Mac et, commentaire personnel, un peu décevant : la sauce…. Hum… l’imitation de boulettes de poulet broyées… bref, ce fut une bonne expérience. Les TÉLÉVISIONS plasma, les Indiens avec leurs chaussures Converses, deux étages distributrices de ces sandwichs (l’une végétarienne, l’autre non végétarienne), un brin de l’Occident adapté quoi!?!

À très bientôt



Voilà qui complète cette brève chronique. La mousson est terminée. Il ne pleut plus. Je ne serai plus prisonnier de ma demeure.



Je m’acclimate à mon nouvel environnement de travail : les archives nationales de l’Inde. Cela me plaît. J’y apprends beaucoup. Je mange tous les midis à la cantine des archives avec un petit groupe de fonctionnaires qui ne parlent pas très bien anglais, à l’exception de Rajesh, un indien fort sympathique. Nous partageons les plats. Tout le monde se sert dans l’assiette de l’autre. Indian style. Ces gens m’offrent une fenêtre d’opportunité des plus rafraîchissantes sur la culture indienne. Je leur en suis très reconnaissant.

Bientôt, plus rapidement que cette troisième chronique, mon épopée de dix jours au Rajasthan. L’Inde mérite son slogan touristique : Incredible india!

Si vous vous demandiez quelle allure j'aurais en jouant le méchant dans un film de bollywood, voici deux exemples:




Si vous vous demandez quel trait culturel indien est le plus facile à adopter après le hochement de tête mi-oui, mi-non: la moustache!




À très bientôt! Bien rechargé, je reprends ma routine : boulot, entraînement, bouffe saine et dodo.
J'allais oublié! Voici un texte que j'ai produit pour le journal communautaire Entrée libre et un texte de la section Médias-Nouvelles-Étudiants paru sur le site de l'Université de Sherbrooke.




dimanche 19 septembre 2010

Le quotidien d’un jeune travailleur intellectuel*


(*L’étudiant est un jeune travailleur intellectuel. Article 1, Charte de Grenoble, 1946)

J’ai longuement pensé avant de communiquer à nouveau avec vous. En fait, j’y ai pensé deux semaines. Le fruit de mes efforts de réflexions me pousse à vous parler de mon quotidien. Oh! Certes, j’aurais pu vous faire un petit résumé de mon séjour à Agra et de ma visite au Taj Mahal afin de vous faire saliver. J’aurais pu saturer mon blogue des 350 photos que j’y ai prises. Mais je serais vite tombé dans les clichés touristiques : visiter le Musée du Saguenay et sa section sur l’historique de la Société de l’Ordre du Bleuet à quelques similarités avec la visite du Taj et la lecture de ses plaques historiques explicatives en marbre à l’entrée de chaque bâtiment! Ainsi, j’aurai toujours quelques cartes dans ma manche et des histoires à vous compter à mon retour. Bref, pour expliciter l’essence de ma pensée, il y a quelque chose de plus particulier dans la réalité quotidienne d’effectuer une recherche terrain seul en Inde que de faire le touriste. J’ai envie de vous partager cet aspect particulier. La cadence quotidienne produit chaque jour les rayons audibles d’un soleil couchant. Et comme tout soleil couchant, le paysage révélé à la tombée du jour est magnifique.   



Avant les prochains mots, les prochaines phrases, vous devez être au fait de mes deux modus operandi qui rythme mon quotidien :
            
  •   Il faut se battre pour faire sa place et chaque parcelle de cette place est un combat.

Note explicative : 1 milliard de personnes, c’est une réalité qui a un fort impact sur le concept des opportunités. Vous devez travailler pour chacune des opportunités que vous désirez saisir.

La meilleure illustration de ce combat est sans nul doute la sensation que procure une bousculade pour sortir du métro à l’heure de pointe. Si vous ne vous battez pas pour prendre votre place, c’est-à-dire sortir du wagon, vous resterez coincé à l’intérieur!
  • Tout comme 150 à 200 millions de citoyens de ce pays, j’ai de la chance.J’ai la chance d’avoir accès à un niveau de vie plus que très adéquat et confortable. 800 à 900 millions d’autres personnes n’ont pas cette chance et leur réalité est marquée par la pauvreté.

Voilà, c’est deux modus operandi, je me les rappelle chaque jour. Ils marquent la conscience et l’esprit de découverte avec laquelle j’appréhende…

Levé du corps

À mon réveil (fait qui se produit entre 6 h 30 et 8 h 45), c’est la routine matinale : café, courriel, numéro 2, 2 petits pois, habillement, établissement d’objectif quotidien, révisions des objectifs hebdomadaires et départ pour la journée de travail, à jeun.



Premier repas

Une heure trente à deux heures après la levée du corps, petit déjeuner. Eh oui, la sobriété et la cessation de mon abonnement au tabac, agent cancéreux, ont suscité le retour de cette étape dans mon quotidien. Au menu, deux bananes dans un bol de céréale avec du lait de soya! Miam!

Bilan d’une matinée

Le temps de l’avant-midi s’écoule ainsi laissant lentement les pages de mes livres d’intello tourner, preuve de la tentative de comprendre les erreurs historiques sur la perception de l’Orient par l’Occident.

Parfois, l’avant-midi nécessite un déplacement en auto rickshaw pour une rencontre professionnelle, preuve de l’ancrage scientifique « positiviste » et du positionnement d’une pièce de plus dans ce casse-tête de recherche terrain en solo.

Sur l’heure du dîner

Entre 11 heures et 14 h, il y a une période que j’affectionne particulièrement : faire les courses! Elle symbolise la nécessité de prendre la décision sur les deux à trois prochains repas et la vérification sur les petits besoins à combler (encens, savons, commodités, etc.). Et, hop, je retrouve la foule et l’énergie du marché, avec toutes ces mœurs et cette culture.

Je me rends dans cette même petite épicerie presque tout au bout du marché où l’épicier, un vieil homme, trouve un certain plaisir à avoir un client canadien régulier. Le sourire qui s’inscrit sur son visage à ma vue le trahit. Nous échangeons quelques propos sur tout et rien, la beauté du pays, de mon pays, de son pays, sur sa fille… : «  Oui, oui, si jamais j’ai ouï dire d’un contrat à l’international, impliquant le Canada, je vous fais signe et votre fille pourra poser sa candidature Monsieurs! Bonne journée et au plaisir. »

Ensuite, c’est le tour de mon vendeur de paneer, toujours prêt à me donner quelques indications pour la cuisson de ce fromage faible en gras ou des pâtes fraîches.  Puis, il y a le jeune garçon du kiosque de légume avec son sourire en coin. Cet énigmatique sourire en coin qui révèle l’exotisme de la couleur de ma peau, et peut-être aussi les fantasmes de l’Occident. (Il ne faut pas oublier qu’ici, c’est moi qui suis exotique parmi mes hôtes et non mes hôtes qui le sont, c’est une question de perspective; « tout dépend de l’angle sous lequel on se place! ».) Puis, en dernier, direction fruits et œufs chez deux autres vendeurs, tous au fond du marché. Le désir de diversifier les retombées économiques de ma présence rythme mes achats. Puis, je rentre, satisfait de la marche accomplie.

Deuxième repas

Parfois, je le cuisine. Parfois, il s’agit d’un reste. Bref, à tous les coups, c’est un succès assuré. La nourriture est excellente ici. Ah, bien sûr, je n’ai mangé que cinq fois du poulet, une fois du mouton « kebab » et je n’ai pas eu la chance de mangé de la viande rouge. Pour ce faire, je crois qu’un stop près de la mosquée à « Chandni Chowk » serait nécessaire. C’est le seul endroit où j’ai vu des boucheries et de la viande de chèvre en vente depuis mon arrivée. Soit, le végétarisme me va et me plaît bien…

Bilan d’un après-midi

Le temps de l’après-midi s’écoule ainsi laissant lentement les pages de mes livres d’intello tourner, preuve de la tentative de comprendre les possibilités de rattrapages des différents faussés entre l’Occident et ce qu’Alfred Sauvy nous a gentiment légué en 1952 : le tiers-monde. Et je philosophe quant à savoir qui a le plus à rattraper le « tiers » (qui dans mon cas représente déjà presque la totalité démographique de l’Occident) ou l’« Occident ».  

Parfois, l’après-midi nécessite un déplacement en auto rickshaw pour une rencontre professionnelle, preuve de l’ancrage scientifique « positiviste » et du positionnement d’une pièce de plus dans les possibilités d’analyser différemment le monde qui m’entoure tant à l’Est qu’à l’Ouest.

Sur l’heure « québécoise » du souper

Puis, un second moment de la journée que j’affectionne particulièrement se présente : la course. S’il y a une activité qui s’inscrit dans le rythme quotidien qui martèle mes journées en recherche terrain depuis mon stage au Mali en 2008, c’est bien la course. J’aime courir.

Donc entre 17 h 30 et 19 h, je cours environ 40 minutes. Il y a ce petit parc tout juste à côté de chez moi. Des jeunes y jouent au soccer ou encore au cricket. Des gens y marchent candidement, seuls ou en promenant leur chien de compagnie. Je reconnais maintenant les mêmes visages et je sais bien que la situation est de même lorsque ces quidams me regardent.

Puis, il y a cette route où se trouve un temple hindouiste. Ce même temple où mon propriétaire nous a amenés le jour de la fête de la naissance de Krishna, le 2 septembre dernier.

Tout au long de ces minutes qui passent sous mes pas rapides, je pense. Je pense à tout et rien. J’évacue autant que je fais le plein. Je respire. Je transpire. Je comprends. Je digère. Je digère ce que mon regard quotidien a associé à la normalité.

L’embryon d’une tentative de compréhension sur le système de castes apparaît : la division des tâches. Je comprends qu’il n’est pas question de morphologie ou de couleur de peau, à tout le moins, moins que ce je pensais au départ, mais bien plus de tâches. J’apprends à voir ces gens triller les ordures, pédaler à vélo pour vous porter, tenir de petits kiosques miteux, faire le ménage, la cuisine ou encore laver et repasser les vêtements. Je vois ces gens en voiture et ceux prendre le troisième type d’autobus, celles qui ne s’arrêtent pas. Le premier type d’autobus est rouge et climatisé. Le second est vert et sans climatiseur. Le troisième est multicolore, rouillé, bosselé et possède les traits du visage d’un vieillard qui a bien vécu. Celui qui vous regarde repu et satisfait de ses actions, l’accomplissement inscrit au fond du regard, la peau tannée par le soleil, le corps frêle, prêt pour une nouvelle vie. Il n’y a pas d’arrêt pour ces autobus. Ils ralentissent et ces gens qui font des tâches essentielles que d’autres ne désirent pas faire y bondissent. Ces autobus et ces gens qui marquent la tradition, la segmentation… de la modernité.

Et je rentre, complètement détrempé de ma sueur, signe de l’effort physique.



Troisième repas

Vers 20 h, je le cuisine, il goûte bon et il a ce petit quelque chose que seule la gazinière peut donner à la cuisson des aliments.

Bilan de la soirée

Le temps de la soirée s’écoule ainsi laissant lentement les pages de mes livres d’intello tourner, preuve du temps qui passe et des réflexions qui se cumulent.

Rarement, la soirée nécessite un déplacement en auto rickshaw pour une rencontre professionnelle et c’est tant mieux. Vers 23 h, la ville et ses habitants se laissent aller à la nuit et au sommeil. Les quartiers de South Delhi se ferment un à un avec leurs grilles métalliques. La circulation tourne au ralentie. La vie nocturne débute. Les chiens s’éveillent et aboient pour des raisons inconnues. Eux, qui le jour, ressemblent à des épaves sur les trottoirs et le long des routes. Une fois le soleil couché, ils défendent leur territoire et gare à vous si vous êtes seul aux petites heures de la nuit. Gregory David Roberts avait raison, ils vous suivent.